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PASSEPORT EDUCFI : APPRENDRE À GÉRER LA MISÈRE ?

Toujours moins pour l’École, toujours plus pour la soumission à l’austérité ! À partir de la rentrée 2026, le gouvernement veut déployer davantage le « passeport Educfi » : déjà présent au collège et en seconde bac pro, il souhaite le généraliser à l’ensemble des élèves de 4e. Il souhaite également le renforcer au lycée pro et l’expérimenter dans les lycées généraux et technologiques à partir de la rentrée 2027. Présenté comme un outil d’« éducation financière », ce dispositif prétend apprendre aux élèves à gérer un budget, utiliser les services bancaires, épargner, emprunter ou éviter les arnaques.

Mais pourquoi cette soudaine urgence ?

Depuis des années, les personnels dénoncent le manque de moyens, les classes surchargées, les suppressions de postes, le recours massif aux personnels précaires, la dégradation des conditions d’apprentissage et de travail. Mais lorsqu’il s’agit de donner aux élèves les moyens de comprendre les mécanismes économiques et sociaux qui structurent leur existence, les moyens manquent toujours. En revanche, pour apprendre aux futur·es salarié·es à gérer leurs dépenses, l’État trouve du temps, des dispositifs et des campagnes de communication.

ÉDUQUER OU SOUMETTRE ? LA PÉDAGOGIE DE L’AUSTÉRITÉ

Le problème n’est pas que les jeunes apprennent à se protéger des arnaques ou à comprendre certains mécanismes financiers. Le problème est avant tout politique. Loin d’être un enseignement de l’économie, Educfi véhicule une vision particulière du monde social : chacun·e serait responsable de sa situation économique et les difficultés financières relèveraient avant tout de comportements individuels.

Les salaires ne permettent plus de vivre dignement ? Il faudrait mieux gérer son budget. Les loyers explosent ? Il faudrait apprendre à épargner. Les étudiant·es s’endettent pour poursuivre leurs études ? Il faudrait acquérir une « culture financière ». Les services publics sont démantelés et la précarité progresse ? Il faudrait apprendre à faire des choix raisonnables. Cette logique est celle de la responsabilisation individuelle des victimes des politiques économiques. On ne questionne jamais les causes collectives des inégalités. On demande simplement aux individus de s’adapter au système capitaliste et à ses conséquences mortifères. Educfi apparaît comme l’un des symptômes d’une école de plus en plus sommée d’accompagner les politiques d’austérité.

UNE ÉCOLE AU SERVICE DES BANQUES ?

La CNT-SO s’inquiète également de la place accordée aux acteurs du secteur bancaire dans l’élaboration et la promotion de ces dispositifs. L’école publique n’a pas vocation à devenir le relais des intérêts économiques et de la logique des profits privés ni des représentations du monde portées par les institutions financières : pour exemple, l’optimisation fiscale est responsable de la fuite de capitaux et donc de recettes fiscales qui nécessitent la baisse des dépenses. Ce système économique est celui-là même qui plombe les services publics. Si on suit leur logique pourquoi ne pas « sensibiliser » nos élèves à l’évasion fiscale et à la constitution de sociétés écrans pour éviter les paradis fiscaux ? L’émancipation suppose au contraire de maintenir en encourager une distance critique vis-à-vis des pouvoirs économiques et de leurs discours. Former les élèves à comprendre les rapports de domination économique n’est pas la même chose que les familiariser avec les produits financiers.

L’école doit former des citoyen·nes capables de comprendre le monde pour le transformer, pas des individus résigné·es à s’adapter à ses injustices.